Newsletter/Lettre culturelle franco-maghrébine #109
On peut pour simplifier regrouper les sujets abordés par cette Lettre 109 en 3 ensembles, la Mauritanie, le féminisme, le cinéma maghrébin.
La Lettre avait annoncé pour début mai un film dont c’est en effet la sortie officielle en France le 6 mai. Il s’intitule « Ressacs, une histoire touarègue », c’est un long métrage documentaire réalisé par Intagrist el Ansari qui en est à la fois producteur et réalisateur, et qui y a travaillé pendant 11ans, en Mauritanie et au Mali. C’est l’histoire des Kel Ansar, une tribu de la région de Tombouctou d’où il est issu. Nous présentons également un recueil de ses nouvelles qui s’intitule « Timchar, le sanglot de la pierre » et qui est son quatrième ouvrage. A ce dossier Mauritanie s’ajoute une sorte de conte : « Le vieux fou et la petite fille qui n’était pas belle » œuvre du grand écrivain Beyrouk qui reste fidèle aux éditions Elyzad.
Le féminisme dans ce numéro est représenté par un livre très original, « Cher Dieu » de Yamna Sahli. On ne dévoilera pas l’idée qui est à l’origine de ce livre et qui en explique le titre . L’auteure a été soutenue dans cette publication par les éditions Chèvre-feuille étoilée de Montpellier qui se donnent comme objet principal « d’être un lieu d’expression pour les femmes en Méditerranée ». On trouve parmi elles l’écrivaine algérienne Maïssa Bey.
Le hasard des sorties (avant-garde, festivals…) permet de confronter ce mois-ci trois films en provenance des trois pays du Maghreb. Le réalisateur bien connu Merzak Allouache est venu présenter lui-même à Lyon son dernier film, « Première ligne ». La Tunisienne Amel Guellaty propose un film au titre poétique, « D’où vient le vent », d’abord intitulé de façon plus explicite « Tunis-Djerba ». Et Michel Wilson vous explique ce qu’il en est du film marocain « Derrière les palmiers » de la réalisatrice Meryem BenM’Barek .
Avec un programme pareil, vive les longs w-e du mois de mai !
Denise Brahimi
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Podcast
« Et de nous qui se souviendra ? », créé et produit par Nicole Guidicelli, auteure indépendante, est un podcast qui donne la parole aux derniers pieds-noirs. Il est en ligne sur toutes les plateformes d’écoute et de téléchargement (Google Podcast, Apple Podcast, Spotify, Deezer…).
Hommage à une communauté en voie de disparition, il a pour objectif d’aider les pieds-noirs à transmettre. Il s’adresse à leurs descendants, aux enseignants qui souhaitent parler de la guerre d’Algérie, et plus largement à tous ceux qui s’intéressent aux exils et à la résilience. Il interroge l’exil comme acte fondateur ainsi que les questions d’identité, d’invisibilité et d’intégration. Il pose également la question de la transmission et de la mémoire des pieds-noirs.
Le projet a démarré en janvier 2022, année de commémoration du 60e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie.
Pour écouter les épisodes déjà parus : https://podcast.ausha.co/et-de-nous-qui-se-souviendra
« LUI DEVANT », un podcast audio-graphique en cinq épisodes d’Abderazag Azzouz, auteur/réalisateur.

« Lui devant », raconte l’histoire puissante et sensible de deux frères, Amine et Hakim, qui se battent pour l’indépendance de l’Algérie dans les années 1960.
Cette histoire est centrée sur leur parcours difficile et leur lien fraternel indéfectible. Nous les suivons alors qu’ils s’évadent d’un camp de prisonniers proche d’une carrière de marbre exceptionnelle située à Fil Fila, où ils étaient forcés de travailler. Cette carrière de marbre sera déterminante pour leur vie. Amine y vivra ses premières émotions, explorant sa créativité et la naissance d’une passion pour la sculpture. Hakim, quant à lui, y confrontera sa force physique lors de l’extraction de la roche, découvrant sa propre endurance et son courage.
Sortie officielle, le 19 mars 2025
Cliquer ICI pour visionner la bande annonce : https://linktr.ee/podcastime69
Ce podcast, dans sa version intégrale et audiovisuelle a été présenté samedi 27 septembre à la Bibliothèque de la Part Dieu de Lyon, devant un public conquis. Chacun s’est dit convaincu que sa présentation publique devrait connaître un bon succès, et que sa diffusion dans les établissement scolaire doit être envisagée.
LIVRES / BD
«TIMCHAR LE SANGLOT DE LA PIERRE» par Intagrist el Ansari, éditions Frantz Fanon, Algérie, 2025
Ce livre nous est présenté comme un recueil de nouvelles, forcément courtes puisque l’ensemble qui comporte 16 titres fait à peine 130 pages. Le mot « nouvelles » implique qu’il s’agit de textes narratifs, en réalité ces derniers alternent avec des textes poétiques, mais des uns aux autres on ressent un profond accord. Accord aussi entre le sens de ce « Timchar » et celui du film « Ressacs » dont parle également la Lettre d’aujourd’hui, pour préparer sa très prochaine sortie en salles. Et c’est peut-être en utilisant ce que l’auteur nous dit de « Timchar » que nous serons au plus près d’une pensée ou d’une expression touarègue que nous percevons intuitivement et affectivement mais dont nous, lecteurs citadins du monde occidental, sommes pourtant fort éloignés.
En ajoutant la Mauritanie aux trois pays du Maghreb qui sont son principal objet, Coup de soleil fait une incontestable découverte, qu’on peut bien dire merveilleuse, au sens que prend ce mot dans les contes. Les titres des supposées nouvelles inclues dans « Timchar »font souvent référence à la magie et au « surnaturel, » comme on dit quand on parle le langage de la rationalité : « Allégeance aux djinns », « Hantise de la pleine lune », « Mirage lointain ». Cependant, même lorsque nous parlons de magie, faisant référence à ce que nous appelons les contes populaires du monde occidental, ce n’est pas la même magie que dans « Timchar », car ce mot ne prend tout son sens que par rapport au mode de vie nomade des Touarègues dont nous parle Intagrist el Ansari.
Si l’on comprend bien ce que désigne « Timchar » en langue berbère il s’agirait d’une sorte de présence invisible mais non moins forte telle qu’on la ressent dans les anciens campements nomades abandonnés, qui ne pourront plus jamais être habités désormais mais qui n’en portent pas moins la trace indélébile d’avoir été occupés jadis : la manière la plus forte de le dire serait sans doute de les désigner comme des lieux hantés. C’est de présence-absence qu’il est question dans Timchar, manière assez unique semble-t-il de désigner un rapport au passé, composé d’une sorte de peur en même temps que de nostalgie et de regret. On voit la subtilité d’une telle évocation et on comprend aussi à quel point elle est liée à toute une civilisation, car celle-ci dans sa totalité, se caractérise justement par ce statut singulier : être encore perceptible jusqu’à la hantise alors même qu’elle est concrètement disparue. Les nouvelles et les poèmes d’Intagrist el Ansari ont à voir avec cette complexité et sans doute ne pourrait-on la dire autrement qu’avec ce mot particulier « Timchar » (comme il arrive en quelques autres cas : on pense par exemple à l’intraduisible mot saudade du portugais, médiocrement transposé en mélancolie-nostalgie).
Tout le groupe de nouvelles qui termine ce bref recueil explicite historiquement ou en tout cas évoque ce que l’auteur intitule de façon si poignante « la tragique fin du royaume des gens justes ». Texte où l’on peut retrouver l’exactitude de certains faits mais aussi le sentiment tragique de ce qui a eu lieu parce que c’était inéluctable, si injuste que ce soit.
L’auteur, le poète, traduit ce sentiment en son et en vision : « L’inquiétante résonance du tambour se propage partout dans le désert alors que le soleil change de position dans le ciel. Le vent féroce rase tout sur son passage sans rien épargner. Il finit par réduire les campements en cendres. Tout est emporté dans le néant ». On a bien compris que ce vent féroce est une métaphore, d’autant qu’il est question aussitôt après des pouvoirs politiques illégitimes qui exercent cette férocité. Mais dans les lieux dont parle le poète, le vent est aussi une réalité physique et les cendres de ce que furent les campements sont aussi une image visuelle qui fait partie des réalités sensibles ; elle est inscrite dans les souvenirs de ceux qui comme le poète ont vécu peu ou prou cette vie-là ; tel est le cas d’Intagrist el Ansari lui-même, dont on nous dit qu’il a vécu dans le désert jusqu’à l’âge de dix ans.
A un autre moment où il évoque ce passé, il n’hésite pas à dire qu’il s’agit « du plus bel endroit sur terre, le désert saharien ». Dans la nostalgie se confondent sans doute la légende et la réalité. « Timchar » est en effet chargé de toute cette ambiguïté. Le sous-titre donné par l’auteur au recueil dont nous parlons ici est « le sanglot de la pierre », bel exemple de ce qui serait ailleurs pure contradiction : le sanglot jaillit comme comble du pathétique, et il est ici rapproché de la pierre qui passe en maint autre lieu pour l’image de la plus grande insensibilité.
Cette contradiction vécue et voulue est sans doute l’essence d’une écriture touarègue qui, par la grâce de quelques poètes, continue à exister. C’est une sorte de petit miracle, mais une autre question est de savoir si l’œuvre des poètes peut sauver un monde en perdition.
Denise Brahimi
« LE VIEUX FOU ET LA PETITE FILLE QUI N’ETAIT PAS BELLE » par Beyrouk, ed. Elyzad 2026
Comme ce titre veut clairement nous l’indiquer, il s’agit là d’un conte (ce que confirme sa relative brièveté — 97 pages) forme habituelle de la littérature traditionnelle, mais quelques détails donnent à penser que dans le conte selon Beyrouk, celle-ci est peut-être prise à contrepied, ou du moins quelque peu bousculée : qu’est-ce donc que cette petite fille dont il fallait préciser qu’elle n’est pas belle, et qui d’ailleurs tout au long du récit ne le deviendra jamais et ne le souhaite pas. Le vieil homme, lui, est définitivement un clochard extrêmement crasseux, hostile à l’égard de tout le monde et bien décidé à rester ce qu’il est (on comprendra plus tard que tel est son choix, qui va de pair avec un grand cynisme et une totale lucidité). Donc à supposer qu’on veuille vraiment parler d’un conte car il en a plusieurs aspects, du moins faudrait-il éviter les fées, tout à fait absentes de cette histoire. Ou alors il faudrait considérer que le vieil homme joue lui-même le rôle d’une fée à l’égard de la petite Aya, ce qui ne va pas sans humour, évidemment, mais de toute manière il est clair que le conte n’en manque pas.
Le vieil homme, entraînant Aya à sa suite, a choisi une position très marginale en dehors et même contre toute espèce de société dont les principes de base et les pratiques suscitent de sa part maint ricanement. Oui, il incarne assez bien ce qu’on appelle couramment un vieux fou, et on ne doute pas un instant du plaisir qu’éprouve Beyrouk à en faire le portrait comme s’il saisissait avec bonheur l’occasion qu’il s’est à lui-même donnée. Quitte à être marginal, semble dire le vieux, profitons-en sans réserve, jusqu’à la provocation, comme Diogène dans son tonneau.
Cependant le vieux, que tous les gens du village jugent d’origine inconnue voire mystérieuse, a une histoire qu’on apprendra finalement et qui donne tout son sens au conte. Beyrouk conte sans doute pour le plaisir de conter, dont nul en cette affaire ne doit se sentir privé, mais il sait très bien aussi ce qu’il veut dire et c’est juste pour taquiner le lecteur qu’il le fait attendre un peu avant de partager le message avec lui. Message très clair d’ailleurs mais encore faut-il être apte à le recevoir ; et le vieux profondément sceptique, a pensé que personne n’en serait capable, que nul être au monde ne le serait.
Le vieux, qui jadis s’appelait Hamid, a été en ce temps-là un homme riche, élégant, raffiné, appartenant à la meilleure société. On peut dire qu’il a alors connu tous les biens de ce monde, du moins du monde dans lequel il vivait, et c’est en cela que son histoire est tout à fait exemplaire. De ce tout qu’il avait il n’a rien voulu garder, il est allé jusqu’à une sorte d’absolu du renoncement ; et personne autour de lui n’a été capable de le comprendre—ni femme ni rival ni ami, tout s’est passé comme si c’était cela qu’il avait voulu prouver justement en partant, qu’il n’y a point de vérité ailleurs que dans le dénûment. Ainsi a-t-il montré la bêtise et la folie de tous ceux et celles qui se croient protégés du néant par la possession de leurs biens, c’est sans doute ce que signifie le chant de Titi le petit oiseau qui n’a jamais cessé de l’accompagner depuis qu’aux yeux de tous les autres il a disparu. Titi léger comme l’air et qui ne possède rien d’autre que son chant.
Etre semblable au chant d’un oiseau, telle est peut-être l’allégresse de la parole à laquelle Beyrouk aspire, la dépouillant pour cela de tout bavardage superflu. Ou bien encore cherche-t-il à atteindre une sorte de présence-absence, qu’il ressent comme l’unique forme d’existence à laquelle il veut désormais aspirer. C’est d’ailleurs ce qu’il atteint de la manière la plus parfaite qui soit à la fin du conte, lorsqu’il est question de ce qu’il sera désormais pour Aya : « son ami, le fou, toujours là, elle le sait, toujours avec elle. » Et peu importe qu’il lui soit devenu invisible, sans réalité concrète à ses yeux.
Aya est l’éternelle enfant qui ne veut pas grandir. Sans doute pour ne pas entrer dans les complexités de la pensée qu’elle ignore et veut continuer à ignorer : cette pensée-là devrait s’articuler pour se transmettre, ce dont le vieux fou, pendant le temps où ils ont vécu proche l’un de l’autre, lui a montré la lourdeur et l’inutilité.
Par la manière dont il est écrit, ce conte de Beyrouk illustre pour nous lecteurs une forme d’expression totalement désirable et pourtant rarissime, la parole comme un chant d’oiseau.
Voir un article précédent sur le livre « Saara » de Beyrouk ICI.
Denise Brahimi
Le titre de ce livre, original et intrigant, est explicité par son sous-titre : « Une fillette dans l’Algérie des années noires ». Le livre commence en décembre 1989, lorsque la fillette a 5 ans, on la suit d’assez près pendant une bonne décennie, il est question d’elle au printemps 2002 lorsqu’elle est lycéenne à Alger et qu’elle a 18 ans, et il y a une fin ultime de l’histoire en été 2009, à Montpellier, lorsqu’elle a 25 ans. Ces dates appartiennent à la vie réelle de l’auteure, et par ailleurs elles justifient la formule du sous-titre : l’Algérie des années noires. Telle est en effet la manière dont on désigne la terrible décennie 1990-2000, période historique dont le souvenir est à l’arrière-plan de tout le livre écrit par Yamna Sahli : loin de vouloir l’occulter, elle s’indigne que la volonté officielle du gouvernement soit de le faire entrer dans l’oubli, sans autre forme de procès.
Cependant le titre du livre, « Cher Dieu » a une autre signification que ce très cruel rappel historique. Il explique le ton et la forme choisis par l’auteure, ce sont ceux d’une lettre que la fillette adresse à Dieu lui-même, du fait du très grand nombre de questions qu’elle a à lui poser. Elles sont loin de porter toutes sur la religion ou la théologie ; en fait pour l’enfant, le point de départ a été une découverte importante (dont elle n’est pas peu fière) : Dieu et le Père Noël ne sont qu’une seule et même personne, ne se ressemblent-ils pas physiquement ?Le lecteur peut ne voir là qu’une boutade infime, dans un livre qui fait près de 300 pages, pourtant c’est une certaine manière de donner le ton, très caractéristique de l’auteure : mélange d’humour et d’une plaisante autodérision même lorsque le propos est des plus sérieux : c’est une fillette qui parle et qui parle au présent, ainsi se trouve évité le surplomb qui caractérise beaucoup de récits autobiographiques, fondés sur l’écart entre la narration présente et ce qu’il en a été du passé. Il n’en est pas ainsi dans « Cher Dieu », on constate chez Yamna Sahli une mémoire d’une remarquable fraîcheur et l’absence totale de mièvrerie, ni idéalisation du passé ni attendrissement. La gamine qu’elle fut avait du caractère, elle ne s’installe pas dans la position de victime, sa manière d’en rire est de se comparer à la jeune Sophie, héroïne du célèbre roman pour enfants de la Comtesse de Ségur dont les « Malheurs » semblent avoir été une de ses lectures.
Le ton humoristique est un choix de l’auteur. En revanche tout n’est pas choix dans son histoire, fondée sur une superposition bien réelle qui est la donnée remarquable de son récit. Il est l’amalgame entre d’une part son enfance et son adolescence, qui appartiennent à sa vie personnelle et d’autre part la guerre civile entre les islamistes et l’Etat algérien qu’ont eu à vivre les gens de sa génération (elle est née en 1984). On sait que le genre romanesque est fondé sur une certaine manière de mêler l’individuel et le collectif, c’est en tout cas ce mélange qui semble lui être fourni tout naturellement lorsqu’elle entreprend son récit de vie.
Sur les exactions commises par les islamistes et sur leur crimes odieux, l’opinion de l’auteure ne laisse aucun doute et elle les dénonce de toutes ses forces. Mais jouant ici comme ailleurs sur ce qu’il en est du langage de l’enfance, elle peut dire son horreur de l’islamisme sans passer par une forme de critique raisonneuse et intellectuelle : ce mot est employé dans le texte, mais qu’il s’agisse ou non de citations empruntées aux adversaires, il l’est toujours sur un mode péjoratif. Yamna Sahli profite très habilement de ce que le choix que l’enfance permet à cet égard : maintenir au moins en apparence par le biais des questions (sans réponse) à Dieu une sorte de naïveté ou de fausse naïveté— l’habileté de l’auteur rend parfois difficile de préciser le ton dont il s’agit, et il en ressort une sorte d’humour très particulier qui fait tout le charme du livre. Si la narratrice n’était pas une enfant on la dirait pince-sans-rire mais elle en est une, ce qui incite à parler plus tôt d’un ton mi-figue mi-raisin, s’agissant d’un questionnement qui est drôle mais loin d’être anodin.Cette ambiguïté voulue et maintenue caractérise encore ce qui est sans doute l’intention principale du livre, son féminisme. Le livre suit pas à pas, avec une grande minutie, tout ce qui fait du parcours d’une petite fille de l’époque, jusqu’à son entrée dans sa vie de femme, une sorte de course d’obstacles qui ne lui laisse aucun répit. Il s’agit toujours d’échapper à des difficultés vécues comme inquiétantes voire angoissantes. Parcours de combattante malgré elle dont on découvre finalement qu’il est multiforme autant qu’incessant. Il pourrait y avoir compensation entre la modération des parents (professeurs l’un et l’autre) et l’extrémisme des militants islamistes appelés « frérots » mais en fait aucune forme d‘équilibre n’est envisageable dans ce contexte, où ce qui l’emporte finalement est la difficulté d’être et de trouver sa place pour le corps féminin. Que faire de ce corps, de son apparence physique et de tout ce qui en découle, y compris la violente attirance sexuelle qu’il provoque sur les hommes dans une société où le pouvoir leur appartient. Il apparaît que les filles n’ont pas de recours contre cette domination qui s’impose brutalement.
Le livre de Yamna Sahli dit la vulnérabilité extrême du corps féminin, sans misérabilisme mais en toute conscience des difficultés à affronter. Livre drôle et livre de combat, c’était une gageure de réussir comme elle le fait à être les deux à la fois.
Denise Brahimi

En France, la sortie officielle du film est prévue le 6 Mai 2026. En fait toute l’année 2025 a consisté à préparer cette sortie, et le film, présenté dans de nombreux festivals, y a été couvert de prix. Mais pour le réalisateur Intagrist el Ansari, c’est d’une histoire beaucoup plus longue qu’il s’agit, puisqu’il explique avoir porté le projet pendant 11ans, en Mauritanie et au Mali. Il réside actuellement à Nouakchott en Mauritanie, sur la côte atlantique du pays mais il est originaire ainsi que tous les siens de la région de Tombouctou au Mali, où ont vécu les Kel Ansar, membres de sa tribu. Ils en ont été chassés par une série de circonstances et d’événements à dire vrai fort complexes, et que lui-même d’ailleurs n’entreprend pas de retracer minutieusement, ne se considérant pas
comme historien. En plus du cinéaste que révèle « Ressacs », il est aussi journaliste et romancier mais avant tout porteur d’une exigence et d’un projet qui de toute évidence sont l’affaire de sa vie. Il les fait très bien partager à tous ceux qui voient son film et à dire vrai on se sent même coupable de l’avoir si longtemps laissé se battre seul ou presque, alors même que de toute évidence, un film comme « Ressacs », si convaincant soit-il, ne peut prétendre s’opposer à lui seul à ce qui fait que la situation, en plusieurs décennies, est devenue ce qu’elle est aujourd’hui.Si on part de cette situation (avant même d’en analyser les causes), elle est assurément déplorable, et relève du constat. Le peuple des Touaregs sahariens, leur civilisation et leur culture, n’existent plus que sous une forme extrêmement dégradée, sans commune mesure ave ce qu’ils ou elles ont été à leurs plus beaux jours. Ce ne sont ni plus ni moins désormais que des réfugiés vivant dans des camps, sans aucune ressource ou activité matérielle leur permettant d’assurer leur subsistance avec femmes et enfants, et cette situation est si humiliante qu’on admire Intagrist el Ansari d’arriver à la montrer en préservant de quelque manière la fierté et la dignité de ceux dont il parle.
Le camp où vivent la plupart des personnages qui nous sont montrés est celui de M’béra en Mauritanie, à 1300km de Nouakchott dans l’Est du pays. Il semblerait que dans cet immense camp se retrouvent pas moins de 130.000 réfugiés, Touaregs, Maures et Peuls qui ont en commun de fuir la guerre au Mali. On finirait presque par oublier les lamentables conditions de vie des gens que le film nous montre tant il est vrai qu’ils sont à la fois très variés et très remarquables par la qualité des propos qu’ils échangent avec leur interlocuteur (sans doute s’agit-il généralement d’Intagrist el Ansari lui-même). En tout cas, nous qui regardons le film, nous avons le plaisir d’y rencontrer des gens tels que griots, notables, érudits, artistes, et même un patriarche qui se retrouve là lui aussi sans respect particulier pour son âge vénérable ; les griots, poètes chanteurs et dépositaires de la tradition orale, ne donnent aucunement l’impression d’appartenir à une couche très archaïque de cette société, on dirait plutôt qu’ils y sont à peu près sur le même plan que le cinéaste lui-même. L’impression est étrange, car tous ces hommes semblent en pleine possession de leurs moyens, et pourtant leur présence n’enclenche sur aucune forme de vie active, c’est plutôt comme s’ils étaient condamnés à être des fantômes d’eux-mêmes, d’où l’étrange sorte de pathétique que le réalisateur donne à ressentir plus qu’il ne la donne à voir. Tout se passe comme si le ressac dont il est question dans le titre les avait abandonnés et immobilisés sur le sable.
Pour analyser davantage les raisons de leur présence en ce lieu et de leur état, il faut remonter à un ensemble de faits dont beaucoup appartiennent à leur mémoire collective mais qui de toute façon sont irréversibles : il n’est que trop clair que l’histoire ne reviendra pas sur ses propres traces. Le fait majeur à cet égard est évidemment la colonisation, qui a invalidé les structures anciennes, de l’époque tribale, et mis à leur place des formes de fonctionnement étatique, contraire à la diversité. En ce sens, colonisation et modernisation ne sont pas toujours des phénomènes distincts ; ils correspondent en tout cas au même stade de destruction de la société touarègue, peut-être particulièrement vulnérable parce que nomade (et comparativement instable). Mais comment distinguer le rôle joué par les événements historiques et humains de celui, non moins redoutable, joué par la nature elle-même ? On pense aux années de sécheresse comme 1973 dont le souvenir hante encore les esprits et les fait frémir d’un effroi mortel. Quel mélange de ces diverses catégories de faits peut expliquer les départs vers l’exil ? Faut-il dire que tout est à la fois explicable et mystérieux ? Intagrist el Ansari est suffisamment poète pour faire ressentir la présence des forces hostiles auxquelles la société touarègue a désormais succombé.Mais alors est-ce à dire qu’il n’y a plus qu’à s’incliner contre la force du destin comme on disait à l’époque romantique ? Ce n’est certainement pas à la résignation que nous incite le film, qui bien au contraire nous sollicite et veut nous faire réagir contre l’ injustice, même si nous ne sommes pas naïfs au point de croire que l’œuvre d’un poète ou cinéaste puisse changer l’évolution historique.
Mais si cette œuvre montre la souffrance là où elle est, ayons au moins le courage de l’entendre et de la regarder.
Denise Brahimi
Grâce au cinéma Opéra de Lyon, quelques privilégiés ont pu voir en avant-première le dernier film de Merzak Allouache, qui est son 19ème long-métrage. Depuis le très célèbre « Omar Gatlato » réalisé en 1976, ses films très divers n’en ont pas moins pour trait commun d’être (en général) des comédies, du genre qu’on appelle comédies de mœurs, car on y voit sous certains de leurs aspects des Algériens qu’on pourrait dire moyens, sans chercher une précision sociale ou sociologique pour contribuer à l’analyse de leur comportement. Merzak Allouache revendique sa qualité de cinéaste, qui suffit largement à expliquer, dit-il, le type de regard qu’il porte sur la société, rien de plus que celle qui tombe tout naturellement sous ses yeux, mais son regard étant celui d’un cinéaste, c’est d’abord d’images qu’il faut parler ; et avant d’entrer dans les dialogues, d’ailleurs des plus réduits, sans parler du bruit de fond qui n’incite pas à les scruter attentivement, on a assez à faire avec l’admirable galerie de portraits dont nous sommes comblés. Point n’est besoin d’aller au-delà pour savoir qu’un grand cinéaste est à notre service, et qu’il faut profiter du plaisir qu’il nous donne, en même temps qu’il se le donne à lui-même, sorte de motivation première qui n’a pas besoin d’autre justification.
Et pourtant, mais c’est justement là qu’est le secret, rien de plus banal, rien de plus commun que ces personnages dont on ne peut même pas dire qu’ils s’agitent sous nos yeux, trop paresseux semble-t-il pour aller faire trempette, en tout cas pour faire l’effort de se baigner. En ce sens, être en première ligne, c’est aussi être dispensé de l’effort qu’il faudrait pour quitter son fauteuil et aller voir ce qui se passe un peu plus loin ! Mais c’est justement grâce à leur absence de curiosité que le réalisateur peut les tenir coincés sous l’œil de sa caméra et se repaître de leur si banale présence. Il la sait irremplaçable, car il est de ceux pour qui chaque individu est unique, et vaut par sa singularité. Les femmes ne sont pas belles, les hommes non plus d’ailleurs, mais ce n’est nullement de beauté qu’il est question, ils sont suffisamment occupés par leur existence pour ne rien désirer de plus que le fait de persévérer dans leur être, comme disent les philosophes, entendant par là que continuer à vivre est une occupation suffisante pour l’être humain.Cependant continuer à vivre est aussi s’imposer aux autres qui ne le désirent pas moins. Que ces désirs s’affrontent et puissent s’opposer est une sorte d’évidence basique de la vie sociale, et c’est elle que le réalisateur a voulu prendre à la source, si l’on peut dire, à partir de cette anecdote que signifie le titre « première ligne ». Arriver les premiers sur la plage pour que personne ne s’installe devant vous, et payer ce qu’il faut pour que ce premier rang vous soit réservé, telle est la forme minime et pourtant complète d’une concurrence effrénée que les marxisants ne sont pas les seuls à dénoncer comme l’essence même de la société où nous vivons. Qu’on l’appelle capitalisme ou comédie humaine, elle est là bien présente dans quelques mètres carrés de plage pour peu qu’un regard averti, amusé, sache l’y capter— sans méchanceté, certes, mais aussi, comme le dit Merzak Allouache, « sans jamais édulcorer la réalité, aussi dure soit-elle ».
La comédie des familles rivales qui s’affrontent sur la plage est-elle féroce ou dérisoire ? Faut-il se contenter d’en rire et de se moquer, ou au contraire y voir l’image d’une agressivité constante et dangereuse, parce que toujours sur le point de dégénérer ? La particularité de « Première ligne » est de ne pas fournir et de ne pas même suggérer une réponse, plus ou moins cryptée, qui serait celle du réalisateur à cette question. Sans doute à la recherche de ce qu’il pense lui-même, en nous proposant son regard sur ce qu’il a filmé, il a plus l’air de solliciter notre opinion que de nous suggérer la sienne.On peut y voir la raison pour laquelle le film s’achève sur une scène qui ne semble pas en continuité avec le scénario précédent de la querelle pour la « première ligne » : un couple de jeunes amoureux, sympathiques, attendrissants, constate devant nous qu’il est obligé de se séparer ; il leur faut renoncer à leur amour, si épris soient-ils. Cette fin est triste, et le ton de la comédie y serait tout à fait inapproprié.
Mais alors, quel est le rapport entre cette dernière scène et ce qui précède ? Evidemment pas un rapport direct de cause à effet, mais cette fois c’est bien d’une société toute entière et de son devenir qu’il s’agit. L’agressivité de chacun y est dirigée contre l’autre, on a assisté à une sorte d’épuisement dérisoire de tout ce qui pourrait être une énergie positive au service d’une société orientée vers l’avenir. L’avenir est au contraire le grand absent de cette sorte de vie immédiate à laquelle nous avons assisté et qui n’est peut-être qu’une apparence de vie : fausse vitalité et vraie stagnation.
Cependant on s’interroge : ne serait-ce pas là une vision trop négative du film, alors qu’il maintient aussi son désir d’être une comédie. Comédie mi-figue mi-raisin, Merzak Allouache confirme qu’il ne cherche à passer ni pour un politique ni pour un sociologue, il nous procure des images et libre à nous de les questionner.
Denise Brahimi
Les deux personnages principaux du film, Alyssa et Mehdi, ne sont plus des adolescents sans être déjà des adultes. Ils en sont donc exactement à ce moment de la vie où il est nécessaire sinon suffisant, en tout cas utile, d’accomplir ce qu’en termes un peu pompeux on appelle un parcours initiatique. Ici le mot parcours convient d’autant mieux que celui des deux personnages en est d’abord un au sens propre, géographique et spatial : le film devait d’abord s’intituler « Tunis-Djerba » ce qui représente un trajet de 500km du nord au sud de la Tunisie, et il a d’abord été prévu par les deux protagonistes qu’il durerait trois jours, ce qui prouve s’il en était besoin qu’ils sont tout à fait inconscients des difficultés qui les attendent— d’autant qu’ils sont partis clandestinement, sans crier gare et sans argent. Les péripéties en tout genre vont se succéder pendant leur périple, long parcours qu’ils arriveront à faire intégralement et en effet jusqu’à Djerba, mais qui n’en est pas moins un échec par rapport à ce qui était leur but ; et ils seront rattrapés, forcément.
Le parcours qu’ils ont accompli est encore plus initiatique (c’est-à-dire révélateur) qu’on ne pouvait le supposer, du fait que la tendance naturelle d’Alyssa, est de nier les difficultés, surtout quand elle n’a pas de moyens pour y faire face—inventive certes mais souvent sans autre échappatoire que la rêverie et l’imaginaire. Le voyage, inévitablement, dément ses illusions , ce dont Mehdi, dès le départ, était pleinement conscient.Le film montre ce qu’il en est du principe de réalité, face auquel le déni ne sert à rien. L’origine psychanalytique de ces termes ne les empêche pas d’être parfaitement clairs et d’expliquer l’échec inéluctable d’Alyssa. D’autant qu’il s’agit d’échecs au pluriel et qu’ils s’accumulent, ce qui l’amène finalement à craquer comme dit le langage commun. Ce qui entre autres inclut une crise de nerfs longtemps refoulée, et pourtant seul défoulement possible lorsque la situation s’avère sans issue.
Mehdi, lui, vient d‘un milieu où on lui a beaucoup appris ; il a une armature de principes moraux qu’il n’oublie jamais complétement. Son bon sens et son éducation l’empêchent de tomber dans les extravagances aveugles qui ne peuvent que conduire Alyssa à sa perte—ou plutôt l’y conduirait si Mehdi n’était pas là pour la rattraper au bord du gouffre.
Quel gouffre ? La bastonnade au minimum et autres violences physiques, la prison à laquelle elle échappe par une chance inouïe et à dire vrai peu vraisemblable, le suicide qui ne peut manquer d’être une tentation lorsque derrière les dénis et les défis est à peine enfoui un fort sentiment de culpabilité—Alyssa cherche à le refouler, mais ce faisant elle ne trouve que le néant en soi et hors de soi.
On en arrive à se dire qu’au total Alyssa a eu de la chance et que la réalisatrice du film n’a pas voulu l’accabler. Il n’y a pas véritablement de dénouement, sans doute parce que les personnages sont encore beaucoup trop jeunes pour qu’on les prive de toute perspective ; et la fin du récit qui nous est fait, quoique suspendue, comporte une part d’espoir. L’originalité du film et sa qualité viennent de ce qu’il laisse croire à la possibilité d’une véritable histoire d’amour, qui ne commencerait pas, comme c’est à peu près toujours le cas dans le cinéma d’aujourd’hui, par un échange sexuel plus ou moins crûment représenté.
Le film permet une sorte de bilan, sans qu’il impose des conclusions définitives et bloquées. Pour Alyssa, la leçon a été sévère, pour Mehdi des perspectives d’avenir sont plus qu’esquissées, à condition d’admettre que comme dans beaucoup d’histoires maghrébines contemporaines, les personnages s’en sortent, c’est le cas de le dire, à condition de quitter leur pays et de partir à l’étranger.
Crise passagère ou durable, retour à prévoir ou pas ? La réalisatrice, dont on a vu qu’elle est plutôt optimiste, ne cache pas cependant le trait qui paraît le plus négatif dans la Tunisie d’aujourd’hui, la corruption qui ne cesse de creuser l’écart entre les riches et les pauvres : ce qui se passe à Djerba, dans « D’où vient le vent », est d’autant plus consternant qu’on ne s’y attendait pas. Comme les deux jeunes héros on en a le souffle coupé, mais eux sont directement victimes de cette injustice. Et la société tunisienne ne semble pas prête à entendre leurs cris d’indignation. Dans le cinéma tunisien d’aujourd’hui, les propos sur le fossé qui sépare les riches et les pauvres sont récurrents et on cherche en vain les traces d’un ascenseur social dont on a beaucoup parlé en France à une certaine époque à propos du sort fait aux enfants d’immigrés.Ce fossé entre les classes sociales qui est au cœur de la société tunisienne, s’insinue jusque dans l’orthographe des prénoms : selon que vous serez puissant ou misérable, vous serez Mehdy ou Mehdi ! Détail significatif, qui est une sorte d’hommage à la capacité tunisienne d’autodérision ! Mais il y a lieu aussi de déplorer et de s’indigner : un film comme « D’où vient le vent », sans pousser les hauts cris, révèle l’aptitude du cinéma à la dénonciation.
Denise Brahimi
« DERRIERE LES PALMIERS » de Meryem Benm’Barek (2025)
Après le beau « Sofia », que nous avons commenté à sa sortie (voir ICI) voici le deuxième film de cette réalisatrice marocaine, présenté en avant-première au Festival de Marrakech. Dans un contexte différent, il s’agit de nouveau de l’ histoire dramatique d’une jeune femme enceinte, et de rapports de classe… On passe de Casablanca à Tanger et les rapports de classe concernent cette fois-ci la confrontation de tangerois avec une riche famille française incarnée, (excusez du peu!) par Carole Bouquet, Olivier Rabourdin et Sarah Giraudeau qui joue leur fille.
Mehdi a fait des études d’architecture, et travaille en attendant un autre destin, dans l’entreprise de construction de son père, qui espère le voir prendre sa suite. Il est pratiquement fiancé à la jeune Selma, orpheline, qui travaille dans la patisserie voisine de leur appartement à Tanger. Les jeunes gens sont très amoureux, mais Selma résiste à aller au bout de son désir pour Mehdi avant leur mariage.
Mehdi travaille sur un chantier que la famille française évoquée plus haut a confié à l’entreprise de son père, une superbe villa avec piscine dans le vieux Tanger, en surplomb du Détroit de Gibraltar, qu’on contemple derrière les palmiers… Cela lui permet d’inviter Selma le soir dans la villa en travaux, et elle finit par s’abandonner à lui, toute en confiance.
Mais un jour la famille française vient visiter la villa et un échange de regards avec la fille du couple est le signal d’un bouleversement. Marie, probablement quadragénaire, dont on apprendra que ses parents l’entretiennent, ou plutôt que la mère a la fortune qui entretient le ménage, est une femme libre qui attire rapidement le beau Tangerois dans ses filets et dans son monde. Le voilà pris dans un cycle infernal de mensonges vis à vis de Selma, de ses parents, et certainement de lui-même. Quand des projets de mariage sont évoqués par Marie pour lui permettre d’aller en France pratiquer l’architecture, la situation se tend avec la mère de Marie qui laisse apparaître son dédain de classe, non dépourvu d’une certaine attirance pour l’amoureux de sa fille. Pendant ce temps la pauvre Selma… Il n’est pas utile de dire que tout cela se terminera très mal, ce qui donne à ce film un caractère d’inéluctabilité peut-être un peu caricatural.
Mais Derrière les palmiers donne une vision sûrement assez lucide des tensions sociales que doit inévitablement susciter le voisinage entre ces riches Européens qui viennent investir dans des ryads, villas et autres splendides demeures partout au Maroc, et les Marocains des classes modestes et même moyennes qui les côtoient…
Le jeu des acteurs marocains est juste, sensible, celui des acteurs français paraît un peu faux en comparaison.
Signalons quelques beaux plans de la vieille ville de Tanger, déjà entraperçue dans le tout récent Rue Malaga que Denise Brahimi a récemment commenté.
Le cinéma marocain apporte avec ce film une nouvelle illustration de son dynamisme et sa créativité qui fait place aux réalisatrices comme aux réalisateurs.
Michel Wilson

- Lundi 4 mai, au Lycée de la Plaine de l’Ain à Ambérieu (01) intervention mémoires croisées de la guerre d’Algérie
- Mardi 5 mai au lycée professionnel Tony Garnier de Bron (69), intervention mémoires croisées de la guerre d’Algérie
- Mercredi 6 mai au Centre pénitentiaire d’Aiton (73) intervention mémoires croisées de la guerre d’Algérie
- Jeudi 7 mai au lycée Saint Exupéry de bellegarde sur Valserine (01) intervention mémoires croisées de la guerre d’Algérie
- Lundi 11 et mardi 12 mai au Lycée Anna de Noailles d’Evian (74) intervention mémoires croisées de la guerre d’Algérie
- Mercredi 27 mai à 18h45 à la librairie Terre des Livres 86 rue de Marseille Lyon 7, rencontre avec le poète Salah Oudahar autour de son livre « Ce pays d’où tu viens. Les galets de l’oubli »
- samedi 30 mai diffusion de la Lettre culturelle franco maghrébine 110

